Quelle peut être ma place ?

En ce temps de Covid, beaucoup de couples sont endeuillés d’un parent. Cela s’est passé dans des conditions parfois insupportables avec des privations multiples : impossibilité d’accompagner le mourant, de revoir son corps ou même d’assister physiquement à ses funérailles. Pas bien tendres, parfois, les circonstances de la mort et leurs suites, par les temps qui courent…

Comment ajuster sa place dans le couple quand un des deux a perdu un parent ?

Quatre attitudes complémentaires sont possibles :

Organiser les obsèques ou ranger les affaires du défunt : mon conjoint est dans le faire des premiers temps du décès. C’est occupant et incontournable. Cela peut lui éviter de trop s’effondrer même s’il n’a qu’une seule envie : pouvoir se poser ou reprendre vite son travail pour s’inscrire dans le « faire comme si de rien n’était ».

La vie habituelle du conjoint est chamboulée et je passe donc à l’arrière-plan.

Le décès du parent concerne d’abord SA famille : père ou mère, fratrie, proches. Même si la place que j’occupe dans sa famille est importante, nous ne sommes pas concernés de la même manière. Consoler ou être consolé : ils le font entre eux, avec leurs codes ou rites spécifiques. Le retour sur des souvenirs d’enfance ou de jeunesse, l’évocation d’une franche rigolade ou engueulade, des confidences ou des révélations peuvent avoir à se vivre dans l’intimité de SA famille. Si les relations sont distendues, le décès d’un parent peut même être l’occasion de retrouvailles.

Mon conjoint retrouve ses relations familiales et je me mets délibérément en arrière-plan.

Il ou elle va avoir BESOIN DE MOI : je peux être la bonne personne pour : nous partageons ensemble une grande peine commune, il peut avoir des tâches à me confier. Et je ne suis pas forcément la bonne personne à ses yeux : si vouloir me protéger est dans ses habitudes, il estimera que je suis en deuil, moi aussi, à un autre rythme : m’enquiquiner avec des états d’âme, il n’y tient pas. Entre le « dis moi ce qui ne va pas » et le silence radio, l’hyperactivité ou bien un coup de blues, il y a une variété de couleurs du deuil.

Il a des besoins et je cherche ma place pour m’adapter.

Apprendre à aimer. PlaceDuCouple

Dans tous les cas, je connais bien mon conjoint, et pas autant que je le crois ! Lors du décès de son parent, l’expression de ses EMOTIONS peut me surprendre : soulagement, tristesse, colère, honte… Surtout que ces émotions peuvent varier d’un moment à l’autre et que je ne comprends pas trop ce qui lui arrive. C’est l’occasion de le demander, à un moment de complicité. Son deuil fragilise notre couple. Mais c’est lui ou elle qui a perdu son papa ou sa maman. Pas moi. Je contribue à entretenir une vie de couple apportant de la sérénité et de la stabilité, après le grand chamboulement qu’est toujours le décès d’un parent, tant aimé ou si peu connu.

Il se montre sous un autre angle et j’ai un rôle de premier plan à jouer.

Ainsi, en laissant à l’endeuillé d’un parent le temps de tourner les pages du passé, avec ou sans moi, suivant les moments, le couple réajuste sa vie intime.

Blandine de Dinechin

Co-auteure du livre « Pour accompagner le deuil : de l’intime au social », Chronique sociale, 2020.

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