Où commence l’infidélité ?

Si la fidélité commerciale rapporte des points, la fidélité conjugale a mauvaise presse. Un peu vieux jeu, un soupçon de morale religieuse, manque d’ouverture d’esprit, absence de liberté, les arguments ne manquent pas pour dénoncer la fidélité dans le couple. Mais soyons honnêtes : qui en tombant amoureux a envie de partager son ou sa partenaire avec un(e) autre ?

En observant le nombre d’ouvrages traitants du sujet du mystère des couples heureux et des couples qui durent, on peut constater que nous sommes tous avides d’installer une relation amoureuse durable dans le temps excluant toute infidélité.

À qui, à quoi sommes-nous exactement fidèles ?

À qui, à quoi sommes-nous exactement fidèles ? Fidèles à l’engagement pris à un moment de la vie envers un autre ? Fidèles à cet autre ? Fidèles à nous même, c’est-à-dire à “qui nous étions” au moment de promettre cette fidélité ? Ou bien fidèles à nous-mêmes dans ce que nous ressentons dans l’ici et maintenant d’une nouvelle rencontre ? Difficile à dire.

Chapitre 1 : La puissance des débuts

Au début de la relation amoureuse, le sentiment est tellement puissant, l’attirance physique tellement intense qu’il n’y a pas de place pour un ou une autre. L’intensité de ce processus a été expliquée par les neurosciences par la nécessité de la reproduction de l’espèce humaine. En effet, le petit humain ne pouvant survivre seul, il est impératif qu’il soit entouré d’un couple parental jusqu’à son autonomie.

Dans le Code civil, les époux se promettent fidélité. Là encore l’esprit de la Loi fait référence au foyer familial et à la pérennité du couple garante de l’équilibre familial et de la bonne éducation des enfants.

La fidélité ne va pas de soi. Elle peut être une évidence au début, elle l’est moins à l’épreuve du temps. C’est une exigence de vie, elle se décide pour soi et avec l’autre.

La fidélité ne va pas de soi. Elle se parle, elle peut évoluer dans le temps. La fidélité a besoin d’être nourrie par les attentions du quotidien, par le désir renouvelé des partenaires, par la qualité de la relation amoureuse. Ce n’est pas un dû, c’est un cadeau chaque jour offert réciproquement. Encore faut-il être d’accord sur ce que c’est qu’être fidèle l’un à l’autre et où commence l’infidélité dans le couple.

Où commence l’infidélité ? À un regard, un sourire, une oeillade à un(e) autre que soi ? À l’échange de sextos avec un (e) collègue ? À la fréquentation de sites de rencontres comme ça pour jouer ? Au visionnage d’un film porno ? À un baiser échangé ? À une relation sexuelle passagère ou installée ?

Chacun va placer son curseur à un endroit différent. Il n’y a aucune réponse théorique à apporter. En revanche, il convient de se mettre d’accord ensemble sur ce qui est accepté par l’autre ou non. Et c’est souvent dans ce décalage de perception que les partenaires vont faire l’expérience de la différence et du compromis : en nous choisissant, nous renonçons à ce qui pourrait nous blesser, nous faire du mal. C’est une décision qui ne laisse pas de place aux non-dits, il faut être clair sur les limites de chacun, il faut pouvoir en parler.

Chapitre 2 : Le dérapage

Car lorsque l’infidélité s’invite dans le couple il y a de la souffrance, un sentiment de trahison, d’incompréhension, d’abandon, la colère gronde, le monde s’écroule les questions se bousculent : « qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », « Je ne suis plus désirable ? », « Mon corps n’est plus satisfaisant ? », « Je ne suis plus aimé.e ! », « C’est la fin de notre couple ? ».

Il y a les infidélités du cœur et celles du corps vécues différemment selon les uns et les autres, selon l’investissement de l’affectif ou de la performance. Ce qui fait souffrir dans l’infidélité c’est le mensonge, le fait de découvrir « par hasard » que l’autre a « trompé ».

Quel que soit son sexe, homme et femme vont se sentir atteints dans le lien ou dans sa capacité à apporter du plaisir à l’autre. L’infidélité est une blessure à l’estime de soi de celui ou de celle qui est trompée.

L’infidélité vient révéler un dysfonctionnement dans la relation des deux partenaires, ce peut être une insatisfaction liée à la sexualité, une complicité qui n’existe plus, ou encore une lassitude dans la routine, un quotidien répétitif qui a instillé son poison doucement mais sûrement. Il y a autant de raisons qu’il y a de couples différents.

Ces raisons ne sont pas des excuses, elles servent à identifier ce qui ne fonctionne plus dans la relation et qui peut être corrigé. Mettre du sens permet de construire une nouvelle façon d’être en relation.

Chapitre 3 : On arrête ou on continue ?

L’infidélité dans le couple ne signifie pas la fin de la relation conjugale. Le couple peut se saisir de cet événement pour rebondir et se dire enfin les mots qui manquaient. La reconstruction nécessite d’écouter les émotions comme la colère, la frustration, le sentiment d’abandon qui ont été éprouvées par l’un et par l’autre. Il faut du temps pour construire la confiance, il en faut encore plus pour la retrouver.

Le couple peut se saisir de l’infidélité pour rebondir et se dire enfin les mots qui manquaient

À la fin d’une thérapie de couple, une femme disait à son mari « finalement je me demande si je ne suis pas allée voir ailleurs pour te réveiller et sauver notre couple ». Par l’intermédiaire de cette infidélité des corps, de façon dangereuse et maladroite, on peut oser se demander si cette femme n’est pas restée fidèle à son attachement pour son mari.

Fidélité et infidélité sont intiment liées dans la vie du couple. Un dialogue permanent et de bonne qualité tout au long des années permettent à deux personnes qui l’ont décidé de s’épanouir ensemble, de réparer les blessures quand il y en a. L’infidélité n’est pas une fatalité.

Sophie Lortat-Jacob

Thérapeute de couple

Cabinet RelatiO

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